Hotel Ibis Rouge
Sortie en pirogue au coucher de soleil sur le fleuve Sinnamary pour aller assister au retour des ibis rouges vers leur dortoir.
On n'a pas été déçu !
Sortie en pirogue au coucher de soleil sur le fleuve Sinnamary pour aller assister au retour des ibis rouges vers leur dortoir.
On n'a pas été déçu !
Ce nom évoque un peu le bout du monde en Guyane, ou alors le bout de la route, l'endroit à partir duquel le fleuve et les pirogues prennent le relais du bitume et des voitures. Saint-Laurent c’est la ville construite par les bagnards à l’époque où Napoléon voulaient étendre l’influence française, et où les traces de colonisation sont encore bien présentes. Saint-Laurent c’est désormais la ville la plus peuplée du département, la ville de tous les trafics et de toutes les ethnies, située au bord du fleuve au nom éponyme. Le Maroni, plus long cours d’eau de la Guyane et frontière naturelle avec le Suriname, beaucoup plus pauvre, beaucoup moins cher. En face c’est Albina, une ville-fleuve assez horrible. Les pirogues y font des allers-retours incessants, transportant passagers, travailleurs, produits alimentaires ou futs d’essence. Et sans doute plein d’autres choses…
Après le bagne de l’île du Salut, la visite guidée du Camp de la Transportation est riche d’enseignements pour comprendre comment fonctionnait ce système des travaux forcés, encore en activité il n’y a pas si longtemps. Tout comme l’île du Salut au nom saugrenu, celui-là est un peu énigmatique. Il est une fusion de déportation et de transport. Bref, c’est le bagne, et pas qu’à moitié puisque le camp est en quelque sorte la « Centrale » du Bagne de la Guyane.
Les bagnards étaient classés en 4 catégories : les transportés, les libérés, les relégués et les déportés.
Les transportés venaient de métropole pour y accomplir leur peine. Tous les transportés arrivaient à Saint Laurent du Maroni. Une poignée (les plus calmes) restaient sur place, tandis que la majorité partaient dans les autres camps (les énervés, punis, récidivistes, prisonniers spéciaux…), où les travaux et les conditions de vie étaient beaucoup plus difficiles.
Les libérés avaient achevé leur peine de travaux forcés, mais devaient rester en Guyane sous contrôle de l’administration pénitentiaire pendant encore autant d’années, voire toute leur vie si la condamnation était supérieure à 8 ans.
Les relégués étaient en quelque sorte des récidivistes dont la faute n’était pas grave, et n’étaient pas astreints aux travaux forcés. De nombreux libérés faisaient en sorte de devenir récidivistes car les conditions de vie dans le bagne étaient plus « confortables » qu’à l’extérieur où ils se retrouvaient livrés à eux-mêmes sans travail, sans logement, sans nourriture.
Les déportés étaient les condamnés politiques, espions, traîtres, déserteurs… qui partaient vers les iles du Salut.
Le camp est divisé en deux parties.
Une où tout se passe à peu près bien, où chacun peut circuler « librement », est nourri correctement moyennant quand même des travaux supportables. Certains avaient même la « chance » d’être employés dans l’administration, ou se retrouvaient au service de familles comme homme à tout faire, et pouvaient parfois dormir sur place.
L’autre partie du camp est le quartier disciplinaire où les forçats passaient plusieurs semaines en fonction de la faute commise. Ce quartier abrite lui-même plusieurs bâtiments, correspondant à une sorte de graduation de la sanction. On pouvait alors se retrouver isolé dans une minuscule cellule, entravé par les chevilles dans un cachot collectif (Blokhaus) surpeuplé, dans le quartier spécial réservé aux condamnés à mort (guillotine), ou en sursis dans un autre quartier pour attendre son transfert.
Sur les photos on voit une pompe et un puits pour récupérer l’eau, des cellules individuelles dont certaines réservées aux condamnés difficiles avec un système d’entrave à la cheville et un oreiller en bois très confortable, un blokhaus collectif pour 40 bagnards avec ce même système d’entrave, les différents quartiers, et deux gravures sur les murs de cellules individuelles, dont la cellule 47 qui porte l’inscription laissée par Henri Charrière dit Papillon.
En face de Kourou se trouve un archipel tristement célèbre pour avoir abrité l’un des plus fameux bagnes de notre histoire.
Justement, un peu d’histoire-géo pour commencer.
Les îles du Salut, situées à une quinzaine de kilomètre de la côte sont composées de 3 ilots volcaniques : l’île Royale (qui accueillait l'administration ainsi que l'hôpital), l’île Saint Joseph (qui enfermait les « fortes têtes ») et l’île du Diable (réservée aux espions, aux détenus politiques ou de droit commun).
Bien que renvoyant une image atroce et humiliante en raison de certains traitements réservés aux prisonniers, il s’agissait en fait du bagne le moins dur de Guyane. Situé en mer et non pas en forêt, le climat y était plus supportable et les maladies moins présentes. Et finalement, son taux de mortalité y était inférieur à celui des autres bagnes. Ceux qui arrivaient-là étaient soit les « rebelles » des autres bagnes qu’on mettait en quelque sorte à l’isolement (Henri Charrière dit Papillon en faisait partie), soit des prisonniers « spéciaux » dont le plus célèbre est Alfred Dreyfus qui passa 4 ans dans sa case de l’île du Diable.
Le bagne fondé sous le règne de Napoléon III en 1854, ferma ses portes en 1946, après la seconde guerre sous la pression de l’opinion internationale.
Pourquoi ce nom saugrenu ?
Avant d’abriter le bagne, les îles du Salut ont servi de bouée de sauvetage à quelques rescapés de l’expédition dite de Kourou entreprise entre 1763 et 1765 afin de réaffirmer la puissance coloniale française. Cette opération fut un désastre, et la plupart des colons furent décimés par la fièvre jaune et d’autres trucs moches. Les quelques survivants se refugièrent sur les îles en raison de son climat plus favorable et son absence de moustiques, et les rebaptisèrent donc en conséquence.
Aujourd’hui, on vient se détendre une journée ou un week-end dans ce lieu chargé d’histoire mais néanmoins très esthétique, poser son hamac entre les cocotiers, pêcher entre les îles, nager dans la plus belle eau de Guyane, ou dormir dans les anciens locaux de l’administration pénitentiaire transformés en auberge.
Pour la petite histoire, les iles appartiennent désormais au centre spatial Guyanais basé à Kourou, et se trouvent sur la trajectoire de lancement des fusées, où des débris peuvent éventuellement atterrir en cas de décollage avorté. Lors d’un tir, l’archipel et un important périmètre marin sont systématiquement évacués. C’est ainsi que notre première tentative de visite s’est arrêtée sur le ponton de l’île Royale, quand après une heure de traversée, le capitaine a reçu l’ordre de faire demi-tour, en raison d’un décollage imminent… qui sera finalement une nouvelle fois reporté !
Pour honorer un très beau cadeau de départ des collègues d’Aïssata, nous nous sommes rendus dans la réserve naturelle nationale des marais de Kaw, la 3ème plus grande réserve de France. Pour la petite histoire, la première regroupe toutes les Terres Australes et Antarctiques Françaises, et la 2ème est également située en Guyane au cœur de la forêt primaire. Et puisqu’on est dans les classements, sachez que c’est la plus vaste zone humide de France.
Après 2 heures 30 de route dont presque 2h30 sur une route complètement déglinguée, nous arrivons au débarcadère où nous montons à bord du Morpho, un bateau-resto-carbet modulable très bien pensé. Les marais se visitent uniquement par voie fluviale, et on peut opter pour un petit tour en pirogue ou en canoé. Mais dormir sur place permet de profiter de toutes les ambiances et de toutes les lumières du lieu, ainsi que d’aller chasser le caïman à la nuit tombée.
Le Morpho glisse paisiblement sur la rivière. Perché sur le toit nous observons le magnifique paysage de prairies inondables et de zones marécageuses de savanes flottantes, peuplées d’une quantité hallucinante d’oiseaux (vivement un téléobjectif digne de ce nom).
La suite du programme : baignade au milieu des caïmans dont on ignore encore la présence, apéro coucher de soleil sur le toit terrasse, repas dans le carré transformé en resto, balade nocturne à la frontale pour dégoter les reptiles, et dodo dans des bannettes-moustiquaires tombées du plafond.
Technique de « dégotage » du caïman : de nuit balayer les berges à l’aide de la frontale et attendre que le faisceau de lumière se réfléchisse dans les yeux du bestiau. Soudain deux points rouges apparaissent dans l’obscurité. Il n’y a plus qu’à se diriger vers les loupiottes en espérant que l’animal reste en surface. Bilan : beaucoup d’yeux, quelques observations rapprochées, uniquement des caïmans à lunettes de tailles modestes.
Le bateau s’échoue sur une berge pour la nuit, et nous tombons dans les bras de Morphée, bercés par les cris lugubres et inquiétants des singes hurleurs perchés dans la forêt environnante. Au petit matin, une légère brume pleine de douceur a enveloppé les lieux. Petit déjeuner, dernier plouf et dernière glissade sur l’eau avant de quitter ce bel endroit.
On essayera de revenir à la saison des pluies. Il paraît que le paysage change totalement car la forêt de la montagne de Kaw, bordant le marais, possède la plus forte pluviométrie de la Guyane – nouveau record !
Le Mahury est le fleuve situé au sud de Cayenne, et qui permet entre autres, aux porte containers d’accéder au port, et accessoirement de surfer de jolies petites vagues créées par la rencontre avec l’océan. Ce matin, vers 6 h c’était plutôt calme.